Au service des créatures

Partie 2 : Le temps de s’arrêter

Après m’avoir montré comment Il met certaines créatures au service d’autres créatures, Dieu allait m’enseigner qu’il faut parfois savoir s’arrêter pour reconnaître ces occasions de miséricorde.

Après l’épisode de la lombalgie et son heureux dénouement, nous reprenons notre marche.

Les montagnes aux teintes ocres nous entourent de toute leur majesté. Le soleil termine lentement sa course vers l’ouest et ses rayons viennent caresser nos corps éprouvés par les longues heures de marche. Nous puisons dans cette douce chaleur l’énergie nécessaire pour rejoindre le bivouac.

La femme en blanc

Au loin apparaît un petit village berbère. Quelques maisons simples semblent accrochées au flanc de la montagne, comme si elles faisaient partie du paysage lui-même.

Soudain, une tache blanche attire mon attention.

Une femme.

Entièrement vêtue de blanc.

Je me tourne vers Mouha :

– C’est une veuve, n’est-ce pas ?

Il acquiesce en silence.

Nous poursuivons notre chemin et passons près de quelques enfants qui nous observent avec curiosité. Leurs sourires illuminent leurs visages. Dans leurs regards brille cette innocence que l’on ne rencontre plus que rarement. Ils grandissent entourés de montagnes grandioses et de paysages qui élèvent naturellement l’âme vers leur Créateur.

Mouha s’arrête

Puis, tout à coup, Mouha s’arrête.

Il appelle la femme.

Elle s’approche, accompagnée de deux jeunes enfants.

Ils échangent quelques mots en berbère. Nous ne comprenons pas leur conversation, mais certaines langues n’ont pas besoin d’être traduites. La pudeur de cette femme, la gravité de son regard et l’attention de Mouha parlent d’elles-mêmes.

Nous comprenons avec nos cœurs.

La situation est difficile.

Mouha nous explique alors que la perte d’un mari, dans ces régions reculées, peut rendre la vie particulièrement éprouvante.

Pourtant, le Tout-Puissant n’abandonne jamais Ses créatures.

Lui, le Clément, le Tout-Miséricordieux, ouvre parfois des portes là où nous ne voyons que des obstacles.

Je vois alors Mouha glisser la main dans sa poche pour en sortir quelques billets.

Une aide est toujours précieuse en pareille circonstance.

Instinctivement, je pense à mon sac à dos.

Puis je me souviens.

Lorsque la lombalgie m’avait empêché d’avancer, j’avais confié mon sac à l’équipe technique. Mais j’avais pris soin de conserver mes papiers et mon portefeuille sur moi.

Ils sont là.

À portée de main.

Je souris intérieurement.

Encore une fois, Dieu avait préparé les choses bien avant que j’en comprenne le sens.

Je contribue à mon tour.

Le geste est modeste, mais mon cœur déborde de gratitude.

Je suis une nouvelle fois émerveillé par la manière dont Dieu croise les destinées et ouvre des chemins inattendus pour venir au secours de Ses créatures.

Gratitude.

Je ne trouve pas d’autre mot.

Merci Seigneur.

Tout cela est immense pour le petit être que je suis.

Tu déverses sur nous un flot de Rahma et nous ne faisons que le laisser poursuivre sa route vers Tes créatures.

On ne m’appelle pas « Tonton Bonbons » pour rien.

Comme souvent, j’ai quelques douceurs dans mes poches.

Je les offre aux enfants.

Leurs sourires suffisent à remplir mon cœur.

Aucun mot n’est nécessaire.

Tout est déjà présent dans leurs yeux lumineux.

Pendant ce temps, Mouha demande à la veuve ce dont elle a besoin.

Il lui promet également de faire parvenir des vêtements devenus trop petits pour ses propres enfants.

Je reste silencieux.

Et admiratif.

La leçon

Sans le savoir, Mouha vient de me donner une immense leçon.

Nous sommes souvent absorbés par nos occupations, nos projets et nos urgences.

Nous avançons.

Nous courons.

Nous regardons devant nous.

Mais combien de personnes deviennent invisibles simplement parce que nous allons trop vite ?

Mouha aurait pu continuer sa route.

Il aurait pu se dire qu’il travaillait.

Qu’il avait un groupe à accompagner.

Qu’il n’était pas là pour cela.

Mais il savait quelque chose d’essentiel.

Avant d’être guide et organisateur, il était le frère de cette femme devant Dieu.

Plus de dix années d’amitié ont tissé entre nous des liens profonds. Ce jour-là, j’ai compris une fois de plus ce qui fait sa richesse : sa capacité à voir les autres.

Dans la vie, nous laissons parfois passer de magnifiques occasions d’être au service des créatures de Dieu.

Par manque de temps.

Par manque d’attention.

Par manque de disponibilité intérieure.

Et parfois parce que nous ne voyons tout simplement plus ceux qui nous entourent.

Il est étonnant de voir, lorsque nous ouvrons les yeux de nos cœurs, les destins se croiser et comment Dieu nous met les uns au service des autres.

Que Dieu ouvre nos yeux avant nos regards.

Qu’Il ouvre nos cœurs avant nos mains.

Et qu’Il ne nous prive jamais de l’honneur d’être un canal de Sa miséricorde.

Amine.

Louange à Dieu.

Journal d’un TrekCoeur


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