Au service des créatures

Partie 3 : Le campement de la miséricorde

Après m’avoir montré comment Il met certaines créatures au service d’autres créatures, Dieu allait une nouvelle fois me dévoiler la manière dont Sa miséricorde circule parmi les hommes.

Nous arrivons à notre campement.

Le spectacle est grandiose.

Niché au pied des montagnes, il offre une vue magnifique sur la vallée et la rivière qui s’écoule paisiblement. Le murmure de l’eau berce nos oreilles et apaise nos corps éprouvés par cette longue journée de marche.

C’est exactement ce qu’il nous fallait pour reprendre des forces.

Comme à notre habitude, le thé nous est servi, accompagné des fameux petits gâteaux sablés devenus au fil des années un rituel incontournable du Trek.

Nous avons à peine commencé à savourer ce moment de repos que notre guide vient nous solliciter.

Une maman est arrivée avec sa fille et demande de l’aide.

Souade

La jeune fille s’appelle Souade.

Alors qu’elle travaillait aux champs avec sa mère, elle s’est profondément blessée à la main avec une faucille.

La plaie est impressionnante.

Nous sortons immédiatement la trousse de secours et Nora se met au travail.

En observant la blessure, le constat est évident : dans des circonstances normales, il faudrait se rendre à l’hôpital pour poser quelques points de suture.

Mais l’hôpital est loin.

Très loin.

La maman nous supplie de faire notre possible.

Pour elle, le trajet est difficilement envisageable.

C’est l’une des réalités parfois douloureuses de la vie dans ces montagnes. Les habitants y vivent avec courage, mais l’accès aux soins reste compliqué.

Nora nettoie soigneusement la plaie, désinfecte, pose des strips et protège la main blessée.

Pendant tout ce temps, Souade reste d’un calme impressionnant.

Je la vois cligner des yeux sous l’effet de la douleur, mais elle ne se plaint pas.

Pas une larme.

Pas une plainte.

Seulement du courage.

Une véritable leçon de patience.

Au cours de nos échanges, nous apprenons qu’elle rêve de poursuivre ses études et d’exercer plus tard une profession au service des autres.

Nora l’encourage avec douceur et lui rappelle l’importance du savoir, qui demeure souvent l’un des plus beaux chemins pour construire son avenir.

Nous insistons ensuite auprès de sa maman.

Il faut laisser la main au repos.

Il faut surveiller l’apparition éventuelle de fièvre.

Et surtout, il faut que Souade se repose.

Avant qu’elles ne repartent, nous leur demandons de revenir le lendemain matin afin que nous puissions vérifier l’évolution de la blessure.

Un dispensaire improvisé

Le lendemain, notre départ est prévu très tôt.

Je me demande intérieurement si Souade sera au rendez-vous.

Puis je souris.

Quelle drôle de question.

À la montagne, les journées commencent bien avant le lever du soleil.

Lorsque nous ouvrons les yeux, Souade est déjà là.

Assise tranquillement.

Elle attend patiemment notre réveil.

La nuit s’est bien passée.

Pas de fièvre.

Pas de complication.

Nora refait le pansement et vérifie que tout évolue favorablement.

Notre petit campement s’est transformé, l’espace d’une nuit, en un dispensaire improvisé au milieu des montagnes.

Le sac de noix

Alors que nous nous préparons à reprendre la route, Souade s’approche timidement.

Dans ses mains, un sac rempli de noix.

Elle nous l’offre avec un sourire lumineux avant de repartir auprès de sa maman.

Ce geste me touche profondément.

Les gens d’ici sont simples.

Discrets.

Pudiques.

Et pourtant d’une générosité extraordinaire.

Ils possèdent peu de choses, mais trouvent toujours le moyen de partager.

Je lève alors mon cœur vers Celui qui guérit.

Ya Ach-Châfî.

Protège cette enfant.

Accorde-lui la guérison.

Ouvre-lui les portes d’un bel avenir.

Et aide-la à réaliser les rêves que Tu as placés dans son cœur.

Les plans de Dieu

Plus tard dans la journée, notre guide me confie une information qui me laisse songeur.

Avant notre arrivée, la maman de Souade s’était disputée avec les muletiers.

Elle souhaitait que notre groupe s’installe ailleurs.

Notre présence lui semblait encombrante.

Elle ignorait alors que Dieu avait d’autres plans.

Elle ne savait pas que ce campement deviendrait, quelques heures plus tard, un dispensaire improvisé pour soigner la main de sa fille.

Je reste silencieux.

Une fois encore, le Très Miséricordieux vient de me rappeler une vérité essentielle.

Nous ne voyons qu’une infime partie des événements.

Là où nous croyons discerner un obstacle, Dieu prépare parfois une délivrance.

Là où nous pensons perdre quelque chose, Il est parfois en train de nous offrir un bien plus grand.

Comment ne pas repenser à ce magnifique verset :

« Il se peut que vous détestiez une chose alors que Dieu y met un grand bien. »

La Rahma circule.

Parfois là où nous l’attendons.

Souvent là où nous ne l’attendons pas.

Gloire à Dieu.

Journal d’un TrekCoeur


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