2 – Le berger
Mais une question me taraudait à la vue de ce spectacle :
qu’en est-il de moi ?
Qu’ai-je fait de cette part de miséricorde que Dieu a déposée en moi ?
Alors que je marchais, encore habité par cette interrogation, j’aperçus un homme un peu à l’écart.
Je pensai d’abord que c’était le berger.
Je décidai d’aller le saluer… peut-être lui offrir un peu de chocolat.
Plus je m’approchais, plus j’étais troublé par la sérénité et la lumière qui se dégageaient de lui.
Une présence paisible.
Une évidence.
J’avais l’impression de l’avoir déjà croisé.
Était-ce l’homme des rayons du soleil… peut-être.
À mon approche, son regard se tourna vers moi.
Un sourire radieux éclaira son visage.
- La Rahma ? me dit-il doucement.
Avait-il lu en moi mon questionnement ?
Je ressentais comme une transparence entre nos âmes.
- Oui… c’est exactement cela, répondis-je.
Je lui racontai la scène de la chèvre et de son petit.
La voix.
La détresse.
La réponse.
La tendresse.
Puis, les larmes aux yeux, je lui posai cette question qui brûlait en moi :
- Comment puis-je, à mon tour, devenir une miséricorde ?
Il essuya mes larmes d’un geste délicat.
Son regard se posa sur moi avec une douceur infinie.
Et il me dit :
« Chacun peut se porter candidat pour être un canal de la miséricorde de Dieu.
Il y a tant d’âmes égarées…
Tant de naufragés qui appellent en silence.
Ils cherchent une voix.
Un signe.
Une main tendue.
Tu as le droit d’être cette voix.
Tu as le droit d’être ce canal. »
Puis, dans un souffle à peine audible, il murmura :
« Par ici le chemin. Par ici le commencement. »
Ces mots ne désignaient pas une direction dans la montagne.
Ils indiquaient un passage intérieur.
Je repensai au petit chevreau.
Il avait suivi la voix… et il avait retrouvé la voie.
Oui.
Tout devenait limpide.
L’eau des montagnes donne vie à la vallée.
Mais pour irriguer les terres, elle doit passer par des canaux.
Petits, moyens ou grands… peu importe.
Ils ne retiennent pas l’eau.
Ils la laissent circuler.
Je compris alors que je devais simplement laisser passer l’eau.
Être un canal.
En laissant couler cette eau, je suis le premier à en être abreuvé.
Elle apaise ma soif.
Elle nettoie mon cœur.
Elle vivifie mon âme.
Quel soulagement.
Tout était clair désormais.
Louange à Dieu.
Je voulus remercier cet homme.
Mais il s’était déjà éloigné.
Il marchait paisiblement, comme porté par une lumière discrète.
Je me dis qu’il allait sûrement à la rencontre d’une autre âme en quête de réponses.
Qui sait…
Nos chemins se recroiseront peut-être.
Journal d’un TrekCoeur

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