📖Carnet #11 — La leçon du scorpion

  • Il suffit parfois d’un seul scorpion pour changer notre regard sur tout le chemin…

Je vous raconte cette petite histoire vécue à Tighza et ce qu’elle m’a appris. 

Lors de mon dernier voyage à Tighza, nous avions pris l’habitude de traverser le village, de jour comme de nuit, avec une certaine insouciance.

Nos regards étaient tournés vers la nature, les paysages, les montagnes, le ciel étoilé et toute la beauté qui nous entourait.

Nous avancions simplement.

Puis, un soir, quelqu’un nous a montré un scorpion sur la route.

Un seul.

Mais quelque chose a changé.

À partir de ce moment-là, nous ne regardions plus les choses de la même manière.

Nos regards avaient changé de direction.

Nous ne regardions plus seulement les paysages : nous scrutions le chemin à la recherche d’un éventuel scorpion.

Nous faisions attention où nous posions les pieds.

Nous hésitions même à déplacer certaines pierres, de peur de découvrir quelque chose dessous.

Pourtant, le village n’avait pas changé.

Les montagnes étaient toujours là.

Le ciel était toujours aussi beau.

Le chemin était le même.

Et les scorpions n’étaient probablement ni plus nombreux ni plus dangereux qu’avant.

Ce qui avait changé, c’était notre regard.

Un seul scorpion avait suffi à modifier notre manière de voir tout ce qui nous entourait.

Et je me suis dit que c’était peut-être une belle leçon pour la vie.

Il y a des personnes qui, sans forcément le vouloir, passent leur temps à nous montrer les scorpions sur le chemin.

Elles nous parlent des dangers.

De ce qui pourrait arriver.

De ce qui risque de mal tourner.

De ceux dont il faut se méfier.

De toutes les choses qui pourraient nous arriver si nous avançons.

À force de les écouter, nous finissons parfois par regarder la vie comme nous regardions ce chemin à Tighza :

non plus pour admirer ce qui est devant nous, mais pour chercher ce qui pourrait nous faire du mal.

Et petit à petit, quelque chose se passe.

Nous avons peur de prendre un chemin.

Peur de faire confiance.

Peur d’essayer.

Peur d’avancer.

Peur de perdre.

Peur de l’inconnu.

Alors que le danger que nous redoutons n’arrivera peut-être jamais.

Et nous ne le saurons jamais…

Parce que nous serons restés immobiles à l’attendre.

Cela ne veut pas dire qu’il faut être inconscient ou nier les dangers.

Les scorpions existent.

Il faut simplement apprendre à regarder où l’on met les pieds sans oublier de regarder le paysage.

Car il y a aussi des personnes qui nous apprennent à avancer avec confiance.

Des personnes qui connaissent les difficultés mais qui ne nous en font pas une prison.

Elles nous apprennent à être prudents sans être paralysés.

À regarder le chemin sans oublier le ciel.

À accepter que l’avenir comporte une part d’inconnu, sans lui abandonner notre présent.

Depuis cette soirée à Tighza, je me suis posé cette question :

Qui sont les personnes qui influencent mon regard sur la vie ?

Celles qui m’apprennent à chercher les scorpions ?

Ou celles qui m’apprennent à continuer à admirer le paysage ?

Parce qu’au fond, le chemin est le même.

Ce qui peut changer, c’est le regard avec lequel nous le parcourons.

Journal d’un TrekCoeur

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